La fougue discrète de Tony Joe White

Publié le par Philippe Deneuve

Le Swamp Fox était de retour hier soir, rue des petites écuries. Inventeur du blues des marais et admirateur de Robert Johnson, son univers a toujours été mâtiné de musiques blues, funk et soul.

en 1972.

en 1972.

 

La musique de Tony me revient comme des paquets de vent s'engouffrant dans la Ford Escort de Manu, fenêtres ouvertes, la nuit, près du port de Fécamp. On devait être trois. Fred, Manu et moi à repasser cette vieille cassette que l'on s'était à tour de rôle piquée, en pleine conscience. Un enregistrement de mauvaise qualité, tiré d'un vinyle de Tony, introuvable, mais dont la musique, malgré les crachotements, avait une saveur inouïe. C'était sans doute ça l'enfance. Je me sentais protégé, mon père était encore là. La vie était franchement pas mal et je ne m'en apercevais pas. Je n'ai jamais été aussi bien qu'avec mes potes.

 

Un orchestre à lui seul

 

Tony est seul, avec sa gratte et son harmonica. Une voix de ouf, baryton-basse sans doute. Le renard du bayou est de retour. Son chant emplit la salle, avant que son batteur ne déboule : ça envoie du lourd. Rythme martelé à décorner les boeufs, sous les inflexions rauques du chanteur. Les cheveux des fans ondulent, comme pris dans un courant d'air. "Undercover Agent For The Blues". La guitare est puissante (Les bons guitaristes jouent bien. Les très bons, bien et fort. Voyez Hendrix et Stevie Ray Vaughan.) Tony est un orchestre à lui seul. Il envoie le "Roosevelt and Ira Lee" sans prévenir puis "Do You have a Garter Belt", assis, chapeau sombre incliné sur lunettes noires. "The guitar don't lie" : le Swamp Fox m'emmerde un peu avec ses ballades façon Chris Rea. "Tunica Motel" : Jeu de guitare, tout en puissance, polyphonie et nervosité.

 

On ne rigole plus

 

"Wille and Laura Mae Jones" : quand j'écoute ce morceau, j'ai l'impression que toute ma vie est là, entre mes mains. La boucle est bouclée. On ne rigole plus. Il balance le "Polk Salad Annie". Version tendue, rapide comme un alligator plongeant dans les froissements d'un marais. Musique directe et sauvage. Vieux solo de guitare, petits écarts "wah-wah", très funky. Premier Rappel. Un titre du dernier album et "Steamy Windows" écrit pour Tina Turner. (Le jour où elle l'a rencontré, elle fût très surprise, pensant qu'il était noir.)

 

Un grand Songwriter

 

Voilà, c'est fini. Une heure dix de musique. Un bon concert mais qui n'a pas vraiment décollé. Il nous quitte quand on est chaud. Il aurait pu faire une heure de plus et nous envoyer d'autres vieux classiques. "Rainy Night in Georgia", "No News is Good News", "Backwoods Preacher Man", que sais-je encore. Le gars possède un large répertoire. C'est une anti "bête de scène", se la jouant sobre. Rien à voir avec Prince quittant le New Morning à 6 heures du mat' dans la fureur, ou même Jagger. Il n'en demeure pas moins que Tony est un grand Songwriter : Elvis Presley, Ray Charles, Tina Turner ou Joe Cocker ont chanté ses compositions.

 

Né en Louisiane

 

La bretelle de sa guitare est faite en peau de crotale qu'il a du tuer lui-même, d'un coup de talon. (La gueule du serpent ouverte est figée sur sa bandoulière.) Il porte des santiags faites par un bottier de Memphis qui possède ses mesures. Tony Joe White aime pêcher dans son bayou natal, sur une barque et enregistrer ses albums dans un petit studio au milieu de la forêt. Un gars simple ce Tony, né à Oak Grove, en Louisiane. Un artiste bourré de talent, très estimé par le milieu du rock et du blues, qui a préféré une vie simple aux sirènes du Star System. Il nous faut des hommes de cette trempe.

La musique de Tony me revient comme des paquets de vent s'engouffrant dans la Ford Escort de Manu, fenêtres ouvertes, la nuit, près du port de Fécamp. On devait être trois. Fred, Manu et moi à repasser cette vieille cassette que l'on s'était à tour de rôle piquée, en pleine conscience. Un enregistrement de mauvaise qualité, tiré d'un vinyle de Tony, introuvable, mais dont la musique, malgré les crachotements, avait une saveur inouïe. C'était sans doute ça l'enfance. Je me sentais protégé, mon père était encore là. La vie était franchement pas mal et je ne m'en apercevais pas. Je n'ai jamais été aussi bien qu'avec mes potes.

Tony est seul, avec sa gratte et son harmonica. Une voix de ouf, baryton-basse sans doute. Le renard du bayou est de retour. Son chant emplit la salle, avant que son batteur ne déboule : ça envoie du lourd. Rythme martelé à décorner les boeufs, sous les inflexions rauques du chanteur. Les cheveux des fans ondulent, comme pris dans un courant d'air. "Undercover Agent For The Blues". La guitare est puissante (Les bons guitaristes jouent bien. Les très bons, bien et fort. Voyez Hendrix et Stevie Ray Vaughan.) Tony est un orchestre à lui tout seul. Il envoie le "Roosevelt and Ira Lee" sans prévenir puis "Do You have a Garter Belt", assis, chapeau sombre incliné sur lunettes noires. "The guitar don't lie" : le Swamp Fox m'emmerde un peu avec ses ballades façon Chris Rea. "Tunica Motel" : Jeu de guitare, tout en puissance, polyphonie et nervosité.

"Wille and Laura Mae Jones" : quand j'écoute ce morceau, j'ai l'impression que toute ma vie est là, entre mes mains. La boucle est bouclée. On ne rigole plus. Il balance le "Polk Salad Annie". Version tendue, rapide comme un alligator plongeant dans les froissements d'un marais. Musique directe et sauvage. Vieux solo de guitare, petits écarts "wah-wah", très funky. Premier Rappel. Un titre du dernier album et "Steamy Windows" écrit pour Tina Turner. (Le jour où elle l'a rencontré, elle fût très surprise, pensant qu'il était noir.)

Voilà, c'est fini. Une heure dix de musique. Un bon concert mais qui n'a pas vraiment décollé. Il nous quitte quand on est chaud. Il aurait pu faire une heure de plus et nous envoyer d'autres vieux classiques. "Rainy Night in Georgia", "No News is Good News", "Backwoods Preacher Man", que sais-je encore. Le gars a un répertoire nombreux. C'est une anti "bête de scène", se la jouant sobre. Rien à voir avec Prince quittant le New Morning à 6 heures du mat' dans la fureur, ou même Jagger. Il n'en demeure pas moins que Tony est un grand Songwriter : Elvis Presley, Ray Charles, Tina Turner ou Joe Cocker ne s'y sont pas trompés.

La bretelle de sa guitare est faite en peau de crotale qu'il a du tuer lui-même, d'un coup de talon. (La gueule du serpent ouverte est figée sur sa bandoulière.) Il porte des santiags faites par un bottier de Memphis qui possède ses mesures. Tony Joe White aime pêcher dans son bayou natal, sur une barque et enregistrer ses albums dans un petit studio au milieu de la forêt. Un gars simple ce Tony, né à Oak Grove, en Louisiane. Un artiste bourré de talent, très estimé par le milieu du rock et du blues, qui a préféré une vie simple aux sirènes du Star System. Il nous faut des hommes de cette trempe.

Tony Joe White et son ami Johnny Cash.

"Version tendue, rapide comme un alligator plongeant dans les froissements d'un marais." Philippe Deneuve

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