Rendons au Brésil...

Publié le par Philippe Deneuve

Rendons au Brésil...

Au lendemain d'une défaite qui glace tout un pays, parlons de son actualité musicale, toujours aussi brûlante.

7 buts à 1. Je ne connais rien au football mais je crois percevoir la tristesse des Brésiliens, ces sentimentaux émotifs. Aussi, plutôt que de me perdre dans des approximations sportives, je pense à eux, éprouvant la saudade, ce presque spleen baudelairien, que Pierre Barouh définit comme un « manque habité ».

 

Mais ne restons pas sur une note triste et sortons le Berimbau, la Cuica, le Tamborin et la Caïpirinha, avant de descendre sur Copacabana en costume à paillettes.

Si le Brésil n'est plus le pays du football, il reste celui de la samba, que leur envient les Allemands, à qui l'on doit la chanson « ein schöner Tag », beaucoup moins dansante. (Mes excuses aux fans de Gustav Malher et de Nina Hagen).

 

Aujourd'hui, c'est une sélection musicale que je vous propose pour égayer vos journées ternes, à l'ombre des petits nuages en berne.

 

Plus tôt, elle débarquait avec 200 euros en poche

 

Saluons d'abord la sortie du deuxième album de la sensuelle Flavia Coelho, jeune chanteuse Caricoa, qui dès l'âge de quatorze ans, jouait sur les scènes de Rio avant de poser ses valises en France.

Mundo Meu est un disque ensoleillé et rafraîchissant, gorgé d'influences diverses, du Balle Funk à l'Afrobeat, du Hip-Hop au Forro (Sa famille est originaire du Nordeste.). Son premier album Bossa Muffin avait fait un carton, la propulsant à la Cigale et au Nouveau Casino, quand, quelques mois plus tôt, elle débarquait à Paris avec 200 euros en poche... Sur son nouveau disque, Flavia a invité le « haut du panier de la crème » des musiciens. Speech d'Arrested Developpement et Tony Allen, célèbre batteur de Fela Kuti. Avec Patrice, elle enregistre « Espero Voce », une ballade qui nous rappelle les grandes heures de Zap Mama. C'est d'une voix enveloppante qu'elle nous parle d'amour et de solidarité. Un très bon disque pour vos soirées d'été.

 

On ne présente plus Gilberto Gil (Gberto Giou !). Il est, à lui seul, l'histoire du tropicalisme et de la MPB (Musica Popular Brasileira). L'ancien ministre de Lula, âgé de 70 ans, est toujours en quête de nouveaux sons. Il y a à peine quelques mois, il  enregistrait un album avec le chanteur d'Afrique du Sud Vusi Mahlasela, surnommé « The Voice » dans son pays. (Les arrangements à cordes légers et caressants sont signés du pianiste Paul Hanmer.). Ce disque est la bande son du documentaire « Viramundo », où l'on voyait Gilberto visiter l'Australie des aborigènes, l'Afrique du Sud des townships et l'Amazonie des Indigènes. Comme pour nous montrer, une fois encore, que la musique du Brésil est celle de tous les syncrétismes. 

 

La musique brésilienne est sa passion

 

Les habitués de Radio Nova ne manquent jamais le Worldwilde de Gilles Peterson, émission culte du DJ anglais, diffusée tous les samedis soir depuis vingt ans. A travers les ondes, il partage ses trouvailles de vieux fouineur de vinyles en mal de "collectionnite". La musique brésilienne est sa passion. Pour ce Brasil Bam Bam Bam, Gilles (Djill's !) a crée un collectif éphémère baptisé Sonzeira qui réunit le nec plus ultra des artistes brésiliens, d'hier et d'aujourd'hui. On se pâme devant la voix traînante d'Elza Suares, reine de la samba, sur « Aquarelo do Brazil ». (En 2002, je l'ai vue sur scène à Issy-Les-Moulineaux, au milieu de vingt personnes médusées par son côté « Tina Turner des favelas ».). Seu Jorge, Nana Vasoncelos, Marcos Valle et Emmanuelle Araujo sont aussi de la partie sur cette « seleçao » qui combine bossa nova charnelle et samba explosive.

 

Élégant, agréable et addictif

 

Pour conclure, et vous faire oublier "la demi-finale de la muerta", soulignons la sortie il y a quelques mois, du dernier opus d'Ed Motta, l'homme de toutes les fusions, quasi inconnu en France et qui a pourtant joué avec Roy Ayers et Ryuichi Sakamoto. Multi-instrumentiste surdoué, il possède pas moins de 30 000 vinyles chez lui. Pour ce disque, il a enregistré neuf titres fortement influencés par le groupe californien Steely Dan. Comme toujours, c'est élégant, agréable et addictif. (Ceux qui l'ont vu au Duc des Lombards en 2013 ne sont pas prêts de l'oublier) Dans une interview accordée à Culturebox, il déclarait que Tom Jobim « est le plus grand compositeur du Brésil ». On n'est pas prêt de le contredire. Jobim était un faiseur de tubes hors-pair, qui de Stan Getz à Sinatra, a fasciné les plus grands. Certes, des mauvaises langues considèrent Antonio Carlos (de son petit nom) comme le « Brassens » du Brésil. Mais, par leurs reprises, Daniela Mercury, Ivete Sangalo ou Gal Costa continuent à voir en lui le patron de la musique populaire brésilienne.

 

Alors on danse ?

 

 

 

FLAVIA COELHO

MUNDO MEU

(Discograph)

 

GILBERTO GIL

THE SOUTH AFRICAN MEETING OF VIRAMUNDO

(Dreampixies)

 

SONZEIRA (GILLES PETERSON)

BRASIL BAM, BAM, BAM

(Brownswood Music Ltd)

 

ED MOTTA

AOR

(Membran)

"La musique du Brésil est celle de tous les syncrétismes." Philippe Deneuve

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