La double surprise de Prince

Publié le par Philippe Deneuve

La double surprise de Prince

Compte rendu des deux nouveaux albums de celui qui reste l'un des grands créateurs de ses trente dernières années.

Prince ne fait rien comme les autres. En pleine crise du disque, il sort deux albums le même jour. Art Official Age et Plectrum Electrum. Après quelques années délicates, il est de retour chez Warner qui en fait de nouveau son poulain. En juin, il enflammait le zénith de Paris pour deux concerts annoncés à la dernière minute où il fit salle comble. Certains mauvais esprits ont voulu l'enterrer trop vite, rien n'y fait. Si son originalité a pu gêner aux entournures quelques mères de famille américaines (époque Controversy), il s'est bien assagi et tout le gotha de la pop américaine le célèbre. Aujourd'hui, de Alicia Keys à Janelle Monae, de Beyoncé à d'Angelo, nombreux sont ceux qui revendiquent son héritage. Même Pharrell Williams reconnaît ce qu'il lui doit.

 

Si son apogée remonte à la fin des années 80, il continue d'abreuver ses fans en publiant un album par an. Prolifique, génial, bête de scène, multi-instrumentiste sont les qualificatifs qui reviennent souvent à son propos. Il a su voir avant tout le monde l'importance d'internet en vendant ses singles en téléchargement sur son site personnel, le NPG Music Club. Il est connu pour ses after-shows incroyables et peut jouer jusqu'àu petit matin devant ses fans éberlués, regroupés en clubs dans le monde entier. Sign O' The Times, Parade et Purple Rain sont déjà des classiques et continuent à impressionner les mélomanes trente ans après leurs sorties.

 

Alors quid de ces deux nouvelles sorties ? Commençons par Art Official Age. Et ne nous fions pas à la première écoute de cet album : il ne se donne pas de suite et demande de la persévérance. Le titre introductif, « Art Official Cage », pose les bases de l'album : il est « dancefloor ». Même si la première minute de cette ouverture se termine par une sirène de stade d'un parfait mauvais goût, il faut poursuivre. C'est un titre qui est dans l'air du temps : les sonorités sont actuelles, la touche princière en plus : voix androgyne, soli de guitare reconnaissables entre mille, pulsation atypique... Notons qu'il revient au rap, ce qui n'est pas déplaisant. « Clouds », le deuxième titre, est une petite ballade guillerette, au tempo bien senti. La basse est élastique et les nappes de synthé assurent le rythme. Le morceau suivant se situe sur un versant plus romantique et passionnel : « Breakdown ». Sa Structure ressemble à celle d'Anna Stesia que l'on trouve sur l'album Lovesexy (1988), avec une introduction au piano ; les voix se répondent. Sur un album de Prince, il y a toujours un morceau incroyablement tonique que l'on a envie d'écouter très fort : c'est le rôle de The Gold Standard. Prince sait y faire : funk brillant, riffs empruntés à Kiss et nervosité des cuivres. "U Know", de son côté, est un duo sexy avec la chanteuse Lianne La Havas, parfaitement efficace. Mélodie jazzy, structurée et accrocheuse : « Breakfast Can Wait » s'intègre superbement dans cet album. On peut se passer de « This Could Be Us » mais « What It Feels Like » est un duo inspiré, aux accents R'N'B, avec la chanteuse Andy Allo, qui est l'une de ses protégées. "Way Back Home" est dans la même veine. Quant à « Funknroll », il renoue avec le funk brûlant mâtiné de rock qui fait la marque de Prince depuis toujours. Enfin « Time », le titre final, est une ballade raffinée qui pourrait rappeler la grande époque « Wendy and Lisa » et se situe entre « If I Was Your Girlfriend » et « Insatiable ». Prince est non seulement une pile electro-funk mais aussi un conteur de l'amour. Enfin, l'album s'achève sur une ballade chantée-parlée par Lianne La Havas. Après plusieurs écoutes, on s’imprègne des thèmes et l'on s'approprie l'ensemble. Car c'est bien un nouvel album, avec son unité et sa raison d'être. Pas une compilation de morceaux inédits sortis de Paisley Park, son "Xanadu" à Chanhassen, dans le Minnesota. 

 

Plectrum Electrum, le deuxième disque, met en valeur le dernier groupe de Prince, 3rdeyegirl. A part "Wow", "White Caps", "Anotherlove" et une version quasi-live de "FunknRoll", on peut se dispenser du reste. 3rdeyegirl n'est pas le meilleur groupe de Prince et bien qu'il y soit très attaché, on aimerait que le Kid de Minneapolis renoue avec des pointures, celles qui ont contribué à sa gloire, de Michael Bland à Renato Nato.

 

Gageons qu'Art Of Official Age saura trouver sa place dans l'imposante discographie du Purple Genius. Aujourd'hui, il a toujours des choses à dire.

 

 

 

 

 

 

 

 

"Voix androgyne, soli de guitares reconnaissables entre mille..." Philippe Deneuve

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