Ol' Dirty Bastard, dix ans déjà

Publié le par Philippe Deneuve

Ol' Dirty Bastard, dix ans déjà

Le 13 novembre 2004 mourrait brutalement le rappeur Ol' Dirty Bastard. Il avait 36 ans. Sa vie fut marqué par la fureur. S'il n'a pas aujourd'hui la reconnaissance posthume d'un 2pac, il fût véritablement l'âme du Wu Tang Clan, groupe de rap mythique des années 90.

Son flow fait d'onomatopées et d'arythmie était inimitable : il a influencé nombre de rappeurs, à commencer par Joey Starr, qui en a copié le style et les mimiques. Avec son air halluciné et ses prothèses dentaires pointues en or, il n'était pas l'image que l'on se faisait du gendre idéal. Il arrivait parfois sur scène totalement alcoolisé et les yeux injectés de sang. Mais quand il allait bien, son génie se révélait au grand jour, tout en accents gutturaux et transitions chantées. En effet, il se distinguait des autres en cassant le débit monocorde du rap, par des moments chantés.

Sa production est pourtant mince. Magistral sur Enter The Wu Tang (36 Chambers), il l'est tout autant sur deux albums solo : Return To The 36 Chambers et Nigga Please. En outre, il s'est fait connaître d'un large public en collaborant au tire R'N'B de Mariah Carey « Fantasy ». Quant à son « Shimmy Shimmy Ya », c'est un classique inoxydable des dancefloors Black And Soul. Mais sa vie privée, miroir de son art déluré, était un véritable chaos.

Atteint de schizophrénie, il endiguait la survenue de ses délires par une consommation excessive d'alcool et de drogues. À la fin de sa courte vie, il croyait qu'un hélicoptère de la CIA le suivait en permanence... (En témoignent des vidéos sur youtube). Il connut la prison mais surtout les hôpitaux psychiatriques où les médecins tentèrent de le ramener à la raison à coup d'électro-chocs. Les traitements médicamenteux qu'on lui administra lui firent prendre trente kilos et devenir l'ombre de lui-même.

Jamais dans la demi-mesure, ce père de treize enfants mourra d'un arrêt cardiaque, le soir d'un concert du Wu Tang Clan, dans leur studio d'enregistrement.

Voilà pour celui que l'on surnommait ODB. Une vie fulgurante, où son génie n'a pu s'exprimer que par éclairs. L'écouter aujourd'hui est la seule façon de lui rendre justice.

Commenter cet article